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APF Délégation d'Ille et Vilaine

HISTOIRE DE LA DÉLÉGATION APF D’ILLE ET VILAINE
DES ORIGINES À 1989 PAR BERNARD GAUTIER
(Extraits choisis par Elisabeth Renaud et Patrick Aubry)

Le témoignage de Bernard Gauthier

MON ENFANCE ET LA DÉCOUVERTE DE MON HANDICAP

Je suis Bernard Gautier, né en 1924, 6ème garçon d’une fratrie de 8. Mes parents étaient de petits paysans pauvres et j’ai appris à me battre très tôt. A 14 ans j’étais ouvrier agricole journalier pour un salaire de misère, sans couverture sociale. A 18 ans j’ai ressenti mes premières douleurs lombaires. À 19 ans, le diagnostic médical tombe : je souffrais d’un « mal de Pott » (tuberculose de la colonne vertébrale ; de nos jours, cette maladie a disparu grâce aux antibiotiques). Le seul traitement était alors l’immobilisation dans un corset en plâtre et le sanatorium marin. Près de 5 ans passèrent avant qu’on ne se rende compte d’une erreur de diagnostic. Je n’aurais jamais dû être immobilisé car, j’étais plutôt atteint d’une spondylarthrite ankylosante. A l’issue d’une farandole de traitements de tous genres, je pus retourner chez nous. Un de mes frères et sa femme m’acceptèrent chez eux en 1953. Sans eux, c’était l’hospice. J’étais dépendant, grabataire. Ils m’offrirent leur confiance pour la gestion de leurs affaires, et c’est alors que je devins quasiment conseiller technique, pour eux d’abord, et pour les paysans des environs ensuite. Je portais aussi une autre casquette, celle du « tonton » qui s’occupe des enfants : biberons, layettes, apprentissage de la lecture… 


MA RENCONTRE AVEC L’APF

J’étais entré en contact avec l’APF par l’intermédiaire de l’Assistante Sociale, Mlle Turquety. En 1970, j’y rencontrai Mme Heude, membre de l’équipe de la délégation, qui me sollicita, pour participer aux réunions mensuelles du bureau.

Je vivais alors dans une « caisse » de 1,80m/0,65m1. Au cours d’une réunion, Jeanne Radin parla d’un délégué APF qui, comme moi, ne s’asseyait jamais et conduisait sa voiture aménagée quasiment debout !!! Pourquoi pas moi2 ?


LES PREMIERS PAS DE LA DÉLÉGATION ET MES DÉBUTS EN SON SEIN

L’Association des Paralysés de France avait été créée en 1933 par André Trannoy et quelques amis porteurs d’un handicap moteur. Ce nom « A.P.F. » fut officialisé dans les années 1940 et l’Association reconnue d’utilité publique en 1945. Un 1er noyau démarra en 1944 à Rennes avec Mlle Lepetit, dans son appartement, puis arriva Monsieur Guillaume d’Achon.

En 1972, le bénévolat à Rennes était quasiment inexistant. Le produit de la journée nationale était la principale ressource mais, hormis le service social, la Délégation était plus ou moins en « léthargie » et les adhérents partaient vers d’autres associations. Le 8 juillet 1973, Marc Rouzeau, Directeur des Délégations de France et Mlle Turquety étaient venus au Centre de Rééducation de Granville pour me demander de rentrer à la Délégation pour être Délégué Départemental. Etant donné que ma rééducation était terminée, et après avoir mûrement réfléchi, j’acceptai la proposition.

Je commençai à aller régulièrement à la Délégation, bénévolement, à partir d’Octobre 1973. Je suivis des journées de formation au siège national et à la Délégation de Brest. Petit à petit je participais aux réunions de travail sur Rennes.


1974, JE DEVINS SALARIÉ DE L’APF AVEC DEUX MAÎTRES MOTS POUR MA MISSION : RELATIONS ET INFORMATION

En dépit de mon changement de statut, je continuais à ne percevoir qu’une aide sociale. En Juillet, j’avais écrit au Siège : « Je pense que je fais déjà pas mal de travail à Rennes. Si je n’ai pas un salaire, je pars ! ». Réponse : « Vous serez salarié à dater du 1er Août ». Le 30 Août 1974, jour de mes 50 ans, j’avais la 1ère fiche de paye de ma vie.

Je me suis vite rendu compte de l’importance des relations et de l’information :

*Les relations : par Mme Philipp, épouse du Préfet de région, je fus introduit auprès du Préfet et cela facilita beaucoup de démarches pour la Délégation. Chez Mr et Mme Roux, les grands bienfaiteurs de l’APF, je rencontrai Mme Fréville, épouse du Maire de Rennes. De nouveau, que de « portes ouvertes » !

**L’information : une action, d’une portée nationale « Fauteuil Liberté » fut initiée, fin 1974, pour aider une jeune polio qui avait besoin d’un fauteuil électrique. Elle aboutira, en 1975, à l’achat de 8 fauteuils, à l’élaboration d’un cahier des charges pour ce type de fauteuil et, après de nombreuses démarches, y compris au Ministère, à une prise en charge officielle en 1977.


LA VIE ASSOCIATIVE : DES HAUTS ET DES BAS

En Juillet 1975, l’Assistante Sociale quittait la délégation et nous n’avions plus de service social. J’assurais donc les permanences de ce service à Vitré, Fougères, St Malo, Redon et Rennes ainsi que les visites à domicile. Ce sont les moments les plus difficiles que j’ai pu vivre à l’APF. En Décembre 1975, une Assistante Sociale, Mme Daron, arriva et nos dossiers furent, enfin, mis à jour.

Le siège national avait recruté un jeune, Mr. Bourgeois, pour trouver de nouvelles ressources. Il proposa une action « collecte de textiles ». La mise en place d’un groupe de bénévoles ne suffisait pas. Je m’adressai donc à l’armée. Le 6 Décembre 1976 nous avions à notre disposition : 108 officiers, sous-officiers et hommes du rang, 20 camions et les transmissions. Au final, 146 tonnes de textiles récoltées et un bénéfice de 110.000 Francs.

J’eus l’autorisation de créer un 2ème poste d’Assistante Sociale. En 1976, nous organisions la 1ère Assemblée Régionale : 80 personnes sur un W.E. à Chantepie avec les organismes sociaux (DDASS, CAF, MSA, CPAM…). Les subventions augmentèrent.


LES MOYENS MATERIELS ET HUMAINS DE LA DÉLÉGATION

Comme les locaux de la Rue de la Motte Piquet n’étaient pas très adaptés aux différents handicaps et que nous avions trouvé des locaux plus vastes Rue Docteur Joly, de plain-pied avec cave accessible pour le stockage de textiles, nous les achetâmes et nous y restâmes jusqu’en 1983, date à laquelle nous allâmes Rue Danton. Nous avions créé un 3ème poste d’Assistante Sociale, négociant une convention avec le Département pour la prise en charge d’un poste et d’un demi-poste de secrétaire. Nous embauchâmes, également, une comptable : Catherine. Nous créâmes le 1er poste d’animateur à l’APF avec Jean Luc Frinault.


UN BUT, DES PROJETS, DES RÉALISATIONS ET UN TEMPS FORT : LE CONGRÈS NATIONAL DE RENNES EN 1977

En Décembre 1976, Mr. Chauvin, Président de l’Union du Commerce de Rennes, me téléphona car il avait entendu dire que nous avions un projet de foyer d’accueil pour personnes handicapées. Il proposa d’apporter son concours à l’occasion de « la semaine commerciale de Rennes 1977 ». J’y voyais une occasion d’information sur le handicap. Je pensais y faire participer d’autres associations mais il y eut un blocage de leur part et l’APF dut agir seule.

Le projet de foyer était un objectif primordial pour moi du fait de mon passé de malade alité. En 1976, nous avions un 1er projet de 28 places mais lors des élections municipales en Avril 1977, il y eu un refus : il manquait 500 m² de surface. Le projet fut repris et aboutit à la construction du Foyer Guillaume d’Achon en 1983-1984.

Tous les 2 ans, l’APF organisait un congrès national qui regroupait, à l’époque, les Délégués Départementaux, les Directeurs d’Etablissements et les Assistantes Sociales. Désigné pour le Département 35 dès fin Septembre 1973, et « testé » lors de la 1ère rencontre régionale en 1976, on me confia l’organisation du congrès, à Rennes, en 1977. Mais si la rencontre régionale rassemblait 80 personnes sur un week-end, un congrès national signifiait, sur 3 ou 4 jours, la présence de 600 personnes dont 60 en fauteuil. Mais c’était aussi, à mes yeux, une occasion d’information et nous ne manquions pas d’audace ! Ce fut un congrès festif avec, pour la 1ère fois, l’organisation d’une soirée dans un château-restaurant, et pourtant un des moins onéreux car j’avais obtenu le concours de l’armée (50 militaires) pour le transport des personnes en fauteuil et plus de 300 places en Cité Universitaire, l’accès au restaurant universitaire… Enfin, de nombreux bénévoles avaient assuré tous les services : accueil en gare, déplacements, guides etc.


LES APPORTS INESTIMABLES DE LA GÉNÉROSITÉ ET LA NAISSANCE DE NOS LOCAUX ACTUELS

Ce qui a permis le développement de notre Délégation ce sont, essentiellement, les dons et les legs. Le 1er don se présenta quand la secrétaire me dit : « J’ai reçu un appel d’un notaire me demandant si « on » acceptait les gros chèques ? Il m’a parlé de 80.000 Francs ! Ce sont certainement des Francs anciens ». Et non, j’avais bien un chèque de 80.000 Francs nouveaux. Je remerciais Mlle Collot, résidant à la Massaye, ancienne enseignante et amie de Mr. et Mme Roux. Quelques mois après, je reçus, de la même personne, une somme de 100.000 Francs et un legs à son décès.

Ce legs permettra, avec une subvention de la Ville de Rennes, la création de notre service « Auxiliaire de vie » en 1979 : 2 postes puis 3 puis 4. En 1986, nous avions 8 Auxiliaires de vie.

Des dons et des legs, la Délégation en fut souvent bénéficiaire, le plus important étant celui de Mr. et Mme Roux avec la propriété située Rue Danton.

Mr. Roux, après le décès de sa femme et l’impossibilité de construire un foyer, mit un terrain de 1.500 m² à notre disposition. Une longue histoire, pleine d’imprévus et d’incidents, qui aboutit en 1983 à des bureaux adaptés et fonctionnels. Une construction pensée par un jeune architecte tétraplégique : Guy Juhel. Ce sera sa seule œuvre puisqu’il décèdera, subitement, avant l’achèvement des travaux.


UNE DÉLÉGATION DYNAMIQUE GRÂCE A SES BÉNÉVOLES, SES ACTIONS, SES RÉFLEXIONS 

L’APF disposait, au siège, d’un service « Vacances » qui organisait de nombreux séjours (environ 80) en France et à l’étranger. Pour ces séjours, il fallait des garçons et des filles volontaires. Notre Délégation, certaines années, en avait près de 140. Lors de ces événements (arrivées, départs, préparatifs), nous avions une équipe de bénévoles exceptionnelle, capable de libérer une voiture SNCF en quelques minutes…

La Délégation de Rennes a été présente dans de nombreuses actions : «Fauteuil-Liberté», «Hatra 35». Elle a œuvré dans le cadre du C.A.T. de la Mabilais. Il y a eu le G.R.A.M.O.R., Association de recherches dont l’une des réalisations sera le système de contrôle d’environnement. Elle a favorisé l’extension du service de transports handicapés «S.T.H.» en plaidant pour une prise en charge par les transports urbains. Elle a été un des moteurs de l’accessibilité sur Rennes. Elle a été représentée au Centre «Rey Leroux», à la Commission Départementale d’Actions Touristiques, pour la création du «Handiclub», à la Commission des Emplois Réservés, à la rénovation du Centre Familial de vacances «La Fosse Eyrand» d’Erquy et beaucoup d’autres actions.

Nous avons aussi eu l’audace d’aborder le problème de la sexualité des personnes en situation de handicap en faisant venir, dans les salles de cinémas de Rennes, le film tabou «L’amour handicapé» avec plusieurs débats dont le principal, au Solférino, aura réuni 700 personnes avec des médecins, professeurs, psychologues, sexologue, urologue…


NOTES DE FIN DE TÉMOIGNAGE

Cet article est un résumé du témoignage que Bernard nous a adressé en 2004. Le texte intégral peut être consulté à la Délégation par ceux qui le souhaitent. Bernard Gautier nous a quittés, en janvier 2012, il avait 88 ans. Il aura été Délégué Départemental de 1976 à 1989. A sa retraite, il continuera d’œuvrer pour les autres et gardera toujours des liens avec la Délégation, notamment par le biais du groupe Amitié.


1 Ndlr : Bernard Gautier se déplaça dans cette caisse en bois pendant 29 ans et ne retrouva la station debout qu’après de nombreuses opérations et plusieurs séjours de rééducation.

2 Ndlr : Bernard Gautier obtiendra son permis en 1974, la même année que son mariage avec Hélène et son embauche comme salarié de l’APF. Il mettra cette nouvelle liberté de déplacement au service de l’association.

APF DD35 – Histoire de la délégation par Bernard Gautier Page 4/4